L'ESPRIT DU WILDERNESS

(un Eden sur mesure)

    I                II              III

DIAPORAMA

Intervention en salle de cinéma du Centre International de Valbonne le 23 février 2016 à 18h00

 

 

 

 

 

Ce qui est sauvage, par définition est ce qui vient de la forêt, silva, en latin. Et ce qui vient de la forêt, vient de la nuit et suscite la terreur archaïque de l’obscur où vivent les bêtes sauvages. Est sauvage tout ce qui est à l’état de nature, hors contrôle de l’homme. C’est sous cet angle que le terme de Wilderness sera considéré dans un premier temps, terme probablement issu de l’ancien anglais Wild (savage, uncivilized) deor (deer) ness (nestle) le lieu où vivent les cerfs.

 

En offrant à l’homme un Jardin d’abondance, Dieu aurait du se douter de quelque chose, à moins qu’il ait choisi de le placer dans une situation tentante pour mieux lui rappeler ses faiblesses… De fait, une fois chassé du Paradis, l’homme est condamné à travailler pour obtenir ce qu’il avait à portée de main sans effort. L’Ancien Testament, cher au protestants issus d’Angleterre et d’Europe du Nord, le rappelle : depuis l’expulsion du Paradis d’Adam et Ève, l’homme est contraint au dur labeur de la terre pour espérer en obtenir quelques fruits.  Il n’y a pas de Salut sans rachat de cette faute originelle et l’attitude à peu près insensée des colons Mormons perdus en plein désert confrontés aux crotales, à la soif comme aux comanches s’explique difficilement sans considérer cela. Le Wilderness représente de façon contradictoire cette immensité naturelle, à la fois comme tentation extrême et comme sauvagerie, menace et promesse, l’une allant de paire avec l’autre. L’expansion coloniale du XIX° siècle en Amérique du nord est donc accompagnée du sentiment d’une mission première, comme dictée par les Saintes Écritures.

 

La nature, dans la représentation que l’homme occidental s’en fait durant le siècle des premières vagues de colonisation du continent nord-américain, est double : opulente et sauvage, pleine de ressources et de dangers à la fois. Elle incarne à chaque expédition territoriale le désir d’expansion et la peur de l’inconnu. Cette quête d’un lieu vierge prend appui sur le mythe du Paradis perdu, est soutenu par une quête de rédemption et se change en une conquête impitoyable, peu à peu rationnelle et systématique. Une tension duelle existe bel et bien entre ces deux pôles dès l’arrivée des premières expéditions sur le Nouveau Monde. Spoliation des territoires autochtones, défrichage, balisage du territoire gagné sur l’inconnu à coup de barbelés et massacre des populations en sont les conséquences inévitables. Les colons sont animés du désir ardent de réussite économique et portent en eux l’assurance des capacités techniques, de la maitrise de sciences rationnelles, mécanique et physique et donc de la foi en un progrès basé sur des preuves irréfutables. Cela est étayé par la quête du Salut qui est promis à ceux qui travailleront ce sol avec ténacité : gagner sur ces terres hostiles valait pour rédemption.

 

L’immensité des territoires encore vierges apparait comme un vaste chaos, un état de Wildernes qu’il faut civiliser : et la première trace de civilisation pour les colons est faite de fil de fer et de poteaux pour dessiner des frontières. Ils pratiquent l’agriculture, peuplent d’élevages les espaces qu’ils balisent, mettant ainsi de l’ordre dans cet illimité effrayant du Wilderness. Les amérindiens, quant à eux,  sont perçus comme faisant partie de cet état sauvage qui ne peut être, au mieux, qu’impropre au développement de la civilisation, au pire, une menace pour elle. Leur élimination systématique n’émeut que peu de monde et sera menée conjointement au développement de l’occupation du sol américain en allant toujours plus à  l’ouest.

 

Un PARADIS ou PRESQUE

Des estimations difficiles à établir tendent à admettre que la population du continent américain approchait les 50 millions, dont 10 environ pour la seule Amérique du Nord avant l’arrivée des premiers colons espagnols. Mais entre 1492 et 1607, des millions d’amérindiens ont péri à cause des épidémies en cascades : variole, typphus, grippe, diphtérie, rougeole, peste bubonique… Il serait resté moins de 2 millions d’amérindiens à l’époque de la fondation de la Nouvelle Angleterre. Entre le XVII° et le XVIII°, treize colonies sont crées, celle de Jamestown est la plus célèbre. En 1625 il y a moins de deux mille européens dans la Nouvelle Angleterre fondée par les pères pèlerins du Mayflower. En 1650 ils sont 60 000. En 1700, 300 000. En 1750, plus de 2 millions. Tous sont situés sur la côte est entre la Maryland, la Pennsylvannie, New York, la Virginie et la Caroline du nord au sud. Ils occupent à peine plus de 5 pour cent du territoire des actuels USA. Après l’Indépendance de 1776 gagnée sur l’Angleterre avec le soutien de la France, la population américaine atteint les trois millions américains dont environ 500 000 esclaves noirs. En 1840, on compte 17 millions d’habitants. Après la Guerre de Sécession, allemands et irlandais arrivent massivement fuyant la famine, la pauvreté ou les régimes politiques. Juifs d’Europe centrale, hongrois polonais, russes et italiens ou grecs arrivent massivement au début du XX°. Entre 1870 et 1920, 20 millions d’européens migrent. Les USA actuels comptent environs 320 millions d’habitants.

 

L’ESPRIT DU WILDERNESS 

Depuis l’épisode déterminant de l’Indépendance acquise en 1776 et l’arrivée massive de colons au cours du XIX° siècle, arrivent les idéaux qui animent les débats européens. Le romantisme, le naturalisme et le réalisme dans leurs diverses représentations chez les artistes et intellectuels, majoritairement anglais et allemands, vont faire des émules parmi les jeunes artistes américains. De fait, la plupart des artistes américains du XIX° siècle ont soit migré d’Europe, soit y ont fait leurs études et se sont alors formés au contact des grands noms de l’art occidental européen. Rien d’étonnant donc à voir l’influence des Joseph M.W. Turner, de Caspar David Friedrich ou plus tard de l’école de Barbizon chez ces jeunes artistes. Le courant du romantisme a largement mis en scène un sens de l’épique, plaçant l’homme dans une immensité face à sa destinée, quitte à jouer avec un soupçon excessif d’emphase dans les représentations de la nature et des éléments comme des manifestations climatiques.

L’homme n’est plus seulement mesure de toute chose comme dans les temps anciens de la Renaissance mais il est confronté au sublime, à la perte délicieuse de ses propres repères. Il se tourne avec nostalgie vers les ruines qui témoignent d’un passé hautement idéalisé, regarde les intempéries comme la manifestation de forces supérieures qui jouent avec son infinitésimale présence dans l’immense nature. La nature porte elle-même les traces de ses tourments, reproduisant l’effroi, la colère, la fascination et l’ensemble des passions humaines.

 

Mais à cet état d’esprit, dominé par la littérature et la peinture, s’ajoute une défiance politique teintée d'idéalisme, vis à vis de l’industrialisation forcenée qui change le paysage, tout le paysage au cours du XIX°. Le progrès apparait comme inévitable donc fatal et draine avec lui la crainte d’une disparition : celle de cette nature dont nous étions issus et dont nous dépendions jusqu’alors. La Nature devient même pour de nombreux artistes, musiciens, poètes, peintres ou architectes une quasi religion se substituant aux règles académiques obsédées par l’historicisme et les références à l’Antiquité. John Ruskin, dans son célèbre Stones of Venice, interroge sans ambiguïté les formes issues de la nature dans une démarche vitaliste qui ne se contente pas d’être théorique. Le développement du mouvement Arts and Crafts qui est à l’origine d’une vaste réflexion sur l’habitat, le décor, la fonction et la beauté des objets, va naître de cet enthousiasme de Ruskin à se débarrasser des références historiques. Ruskin s’enthousiasmera pour la jeune peinture américaine lors d’un de ses voyages outre Atlantique. Devant le développement des villes, des transports entre elles, devant la somme des transformations de la société urbaine, le sens du terme Wilderness va se changer en mythe d’une nature aussi sauvage que menacée et qu’il faut à tout prix protéger, conserver. La beauté hors norme des lieux est louée, vantée comme le refuge d’un paradis à jamais condamné par ailleurs par le développement de la civilisation. Dès la seconde moitié du XIX°, des missions vont être organisées pour explorer, cartographier, recenser, et dans une certaine mesure, protéger ce qui, peu à peu, est considéré d’abord comme un don de Dieu, puis comme un patrimoine au même titre que des monuments historiques, voire davantage.

 

À propos de  l'HUDSON RIVER SCHOOL

La peinture américaine de la première moitié du XIX° siècle met en scène un spectacle surdimensionné, usant des effets magiques de la vision d’une terre vierge, comme saisie lors de l’éveil de l’humanité ou même avant lors de la Création du monde. S'apparentant aux visions du Jardin d'Eden, le mythe de l'Âge d'or reflète un monde qu'on pourrait qualifier d'idéal. L'âge d'or succéda à la création de l'homme et est décrit comme un idéal de bonheur et d’harmonie. La référence aux textes bibliques, ceux de l’Ancien Testament est très fréquente, à laquelle s’associe un souci descriptif et naturaliste propre à cette période des traversées du territoire par les grands explorateurs du XIX° s.

Les références à la littérature classique, aux mythes panthéistes se mêlent aux visions inspirées des textes bibliques. rien de bien nouveau en soit si l'on regarde attentivement la peinture de Nicolas Poussin, peintre emblématique du classicisme français du XVII° siècle : ces indices de cultures à la fois religieuse, philosophique, mythologique s'entrecroisent de façon incessante. Le spectacle de la nature américaine, pensée comme terre vierge des origines est d’autant plus mythifié que la réalité était toute autre. Division des espaces, compartimentation des nations indiennes, traversée des états via le train... La conscience que cet équilibre entre nature et culture, humains et monde naturel est en train de disparaitre génère de la nostalgie, un sentiment de culpabilité et le désir de reconstituer artificiellement cet équilibre. Il y a bel et bien le fantasme d’une terre des origines, inviolée, semblable aux écrits de la Bible dans l’Ancien Testament... Le courant se développe dans la première moitié du XIX° s. aux USA. C’est depuis la côte Est, la plus en relation avec l’Europe et ses centres de formations culturelles et artistiques que se développe l’école. L’influence la plus nette est celle du romantisme, pour l’insistance sur la démesure de la Nature, ses bouleversements climatiques ou géographiques et l’échelle dérisoire de l’homme face à elle.

 

Mais à cette origine romantique, s’ajoute une composante essentielle qui est celle du naturalisme, forme de courant plus ou moins soucieux de réalisme, marqué par une dévotion pour la nature. Notons que sur ce point il est nécessaire de considérer  ces termes, réalisme et naturalisme, à l'éclairage de ce qu'ils impliquent dans la peinture et moins du côté de la littérature où leurs sens diffère. Avec les peintres américains de l’Hudson River School, une dimension chrétienne va être donné à ce naturalisme, les paysages peints se chargeant de messages renvoyant aux origines du monde décrit dans les textes bibliques. Les paysages grandioses qui subsistaient encore aux portes des villes américaines ont donné libre cours à toutes les identifications bibliques, celles de l'Éden, de la Terre promise, d'un Paradis perdu que l’Amérique se voyait offrir comme une chance de rachat. Cette peinture était conçue comme l’éloge d'une nature semblable à l'image de la Création, elle se voulait à la fois esthétique et spectaculaire, mais aussi morale, capable de transmettre la foi en une protection divine qui devait prendre sous son aile la destinée du jeune peuple américain. Cette dimension à la fois politique et morale accompagnera le succès de ces grands formats exposés dans le but de subjuguer un public découvrant l’immensité d’un territoire dont il soupçonnait l’existence à travers des récits mais sans l’avoir jamais vu.

L’identification du peuple américain à ces espaces naturels surdimensionnés, devenus peu à peu parcs nationaux, (National Parks, National Preserve...) ou monuments nationaux, (Monument Valley, Valley of the Gods, Death Valley...) date de la fin du XIX° siècle. La conquête de cet espace toujours plus à l’ouest fut le point de départ d’une mythologie moderne, s’inspirant de l’exode et de la Terre Promise. La route vers la Californie, celle qui traverse l’Amérique de part en part et qui passe par l’Oregon, la route vers un nouvel Eldorado, vers une richesse possiblement offerte à tous donna lieu à la fameuse ruée vers l’or. Entamée en 1848 et suivie d’une seconde vague dans les années 1860, la ruée vers l’or va justifier l’extension et la colonisation des derniers territoires indiens. Toute une mythologie s’est développée autour de l’installation de ces colons dans des contrées farouches, à la fois providentielles et hostiles, en quête d’une richesse conquise de force. Cette nature qui apparaissait inviolable, illimitée, presque irréelle dans les premiers tableaux de l’Hudson River School, vont peu à peu se couvrir de barrières, de frontières, de forts, de cultures et de villes, repoussant toujours plus loin les limites de la terre sauvage fantasmée des débuts. Cette conquête de l’Ouest américain, menée au détriment de la liberté et de la survie des peuples amérindiens qui l’occupaient, va donner naissance à une autre Amérique qui ressemble à celle que nous connaissons aujourd'hui.

 

Thomas COLE, Frederick Edwinn CHURCH & Henry David THOREAU

Le premier représentant de cette école réputée et autour de laquelle s’est forgée un sentiment national permettant à la jeune peinture américaine de revendiquer une certaine autonomie vis à vis des écoles européennes, fut Thomas COLE (1801-1848). Il est anglais et émigra à dix-huit ans aux Etats-Unis où il fonda l’école de l’Hudson River. Le paysage américain semble assez vite partagé entre la nature comme construction de l’homme et la nature comme création divine. Il s’agit de symboliser l’entreprise de la nation investie d’une mission de conquête. La nature américaine, perçue comme primitive et intouchée, se trouve comparable à celle de l’origine de la Création : l’homme qui plonge corps et âme dans ce territoire se pense comme un Nouvel Adam. C’est particulièrement explicite dans la dimension allégorique du cycle de Church : Le voyage de la vie.

Son élève Frederick Edwin CHURCH (1826-1900) prit sa succession après la mort précoce de son maître. Church est né dans le Connecticut et devint l’élève de Cole à dix-huit ans. Il commença à connaitre le succès vers 1849 juste après la mort de Cole. Sa version des Chutes du Niagara le fit connaître du grand public. Sa version offre un point de vue sur les chutes impossible à trouver à proximité, mais l’apparente objectivité et le sens du sublime mis en scène correspond à l’image que le public attend de « son » paysage américain. Church voit dans le spectacle de la nature une mise en scène de la transcendance. C’est Dieu qui se révèle dans la nature par de multiples signes : puissance, mystère, universalité, transcendance… Le paysage est pensé comme substitut à la représentation de Dieu, c’est pour Church, un paysage de la révélation, un terrain ou se joue un sublime de type contemplatif. Dans Cosmos, Humboldt le grand naturaliste, géographe et explorateur évoque la peinture de paysage et ses propos très clairs et directifs ont décidé Church à suivre les pas du savant allemand dans les Andes.

 

Alexander, (baron) von Humboldt (1769-1859) :

 

« (...) et sans doute la grandeur sublime de la création serait mieux connue et mieux sentie, si dans les grandes villes, auprès des musées, on ouvrait librement à la population des panoramas où des tableaux circulaires représenteraient, en se succédant, des paysages empruntés à des degrés différents de longitude et de latitude. C’est en multipliant les moyens à l’aide desquels on reproduit, sous des images saisissantes, l’ensemble des phénomènes naturels, que l’on peut familiariser les hommes avec l’unité du monde et leur faire sentir plus vivement le concert harmonieux de la nature. »       Extrait de  Cosmos

 

Church se rendit entre autre célèbre pour un tableau de grand format, « Le cœur des Andes » qu’il exposa de manière assez pompeuse (pièce spécialement éclairée, rideaux rouges et entrée payante pour passer derrière le rideau...) Là encore, il s’agit d’un paysage construit car il n’existe aucun lieu dans les Andes depuis lequel sont visibles d’un seul regard la végétation luxuriante et les sommets enneigés. Sa seconde expédition dans les Andes est financée par un industriel qui attend de’ la notoriété du peintre qu’il attise par l’image flatteuse des lieux un commerce touristique lucratif. Il rompt de fait avec le style allégorique de Cole et se consacre à révéler la beauté« sauvage » de paysages mi observés, mi fantasmés. Il voyageait énormément, du printemps à l’automne et rentrait à la ville peindre ses grands formats en hiver, pour les vendre également.Ces paysages, en réalité en cours de transformation par les effets de la colonisation des terres vers l’ouest, sont idéalisés en tant que représentations d’un Eden perdu, terrain idéal de nostalgie d’une nature menacée par l’avancée de l’homme. Par exemple, les chutes du Niagara, déjà franchement exploitées touristiquement, sont montrées par plusieurs peintres comme un territoire vierge de toute présence humaine, ou de rares indiens.

 

Henry David THOREAU (1817-1862) le poète et naturaliste américain, auteur du célèbre Traité de désobéissance civile et du non moins fameux Walden, ou la vie dans les bois, fustige les lois gouvernementales en adoptant des accents anarchistes,  désirant  boycotter par exemple les journaux, refusant de payer ses impôts (…) et appelant de ses vœux une reconsidération de la relation de l'homme dans la nature. L’idée de la nature comme observatoire des travers de l’homme social, comme repli et ressourcement fondamental est développée dans « Walden or Life in the Woods», publié en 1854. Thoreau rédige Walden dans une cabane, à proximité de Concord dans le Massachussetts, construite dans une forêt appartenant à Ralph Waldo Emerson(1803-1882), poète et philosophe dont il subira l’influence comme celle du mouvement « transcendantaliste » auquel il appartient à travers notamment son ouvrage « Nature ». Il est intéressant de noter que la responsabilité, somme toute partielle et accidentelle de Thoreau, dans la destruction d’une partie de la forêt de Concord, l’a amené à cette position solitaire, de repli méditatif, à l’écoute silencieuse de ce qu’il nommait le « matin intérieur ». Il pense sa présence dans la nature (même si sa cabane est guère éloignée de la ville…) comme une possibilité, sinon de rédemption au sens strictement religieux, de purification au sens moral, éthique. Il dit devoir se laver de la « souillure » pour aller vers la « spiritualité » en commençant par « reconnaître le corps nié », réconcilier le « divin et la brute »

Thoreau milite activement pour la préservation des forêts et œuvre en faveur d’une écologie rationnelle qui limite la déforestation alors galopante. Il veut retrouver la forêt « primitive » de type « arcadien ».

… Il est perçu comme un oisif dans un univers matérialiste ou la valeur du travail et du collectif est régentée par la pensée protestante dominante. Il voit dans la nature une occasion d’élever l’homme à la reconnaissance d’un devoir moral constant. Animé par une véritable dimension spirituelle il affirme et réaffirme son crédo en un homme qui est à l’écoute de son environnement.  

 

Quatre ans plus tard dans un chapitre de « The Maine Woods», livre qui retrace l’expérience de nombreuses excursions dans les forêts de l’état du Maine sur une dizaine  d’années, il parle à la manière d’un naturaliste, féru de botanique, attentif au sens de langue des indiens algonquins, et donne le sentiment de plaider en la faveur de la création des refuges et parcs nationaux. Ses descriptions des paysages rencontrés sont teintées de romantisme et d’idéalisme.  Pour autant, Thoreau s’opposera clairement à leur effective création vingt ans plus tard. Dans nombre de ses prises de positions l’on discerne clairement sa conception d’un monde en opposition aux progrès scientifique et technique et sa revendication fortement teintée d’individualisme  de résistance au principe de société. Son influence sur la pensée des mouvements écologistes moderne est non négligeable et son écriture, au-delà de ses positions idéologiques ont marqué des générations de d’écrivains, de poètes. La dimension politique liée à son « Civil disobedience » a quant à elle été revendiquée par de nombreux hommes de la scène politique dont le plus célèbre est certainement Gandhi.

Il a été dit que la conception de la nature dans l’œuvre de Thoreau pouvait être rapprochée de la vision de F. Edwin Church pour sa capacité à développer une image idéalisée, en quête d’une forme de « pureté originelle » de la nature. Mais le rapport à une écologie politique du paysage est absente de l’œuvre de Church, seule la sidération des espaces surdimensionnés et leur dimension allégorique, mystique, peuvent être rapprochés de la conception du poète. 

TERRITOIRES DU SUD, GOLD RUSH et MORMON’S TRAIL

1848 est une date essentielle dans la modification des représentations du Wilderness. Cette date est associée à deux évènements majeurs : le premier fut la cession par le Mexique, après sa défaite militaire,  d’un territoire immense depuis l’est des Rocheuses jusqu’au côtes du Pacifique, le second est la découverte de l’or en Californie. En janvier 1848, à Coloma en Californie, les premières pépites d’or sont découvertes. Un an plus tard, près de 300 000 chercheurs d’or en tous genre creusent frénétiquement, remontent les rivières et meurent en général avant d’avoir trouvé l’or ou bien … juste après. Les attaques indiennes se multiplient à l’encontre de colons et chercheurs d’or qui traversent les terres indiennes de façon intensive. L’État de Californie a publié officiellement des directives pour récompenser de façon graduée les scalps d’indiens, homme, femme et …enfants. Pour la seule Californie, la population indienne située entre la Sierra Nevada et les Rocky Mountains est passée de plus ou moins 700 000 au début du XIX° siècle à 20 000 dans les années 1890. Entre 1848 et 1868 le nombre de migrants ayant emprunté cette route périlleuse qui traverse les états depuis l’Illinois jusqu’à l’Oregon ou l’Utah passe de 20 000 à 400 000. Environ un dixième de cette population meurt du fait des attaques indiennes. L’aridité des terres traversées vers le grand ouest leur inspira des noms hautement symbolique comme Zion (Sion) ou Death Valley (Vallée de la mort). Mais, malgré les dangers, les colons sont prêts à tout pour se lancer dans une nouvelle vie, vers cette terre promise qui leur est due, qui est un don mais aussi une épreuve pour laquelle il consacre tous leurs efforts.

 

 

LES MISSIONS DU GEOLOGICAL SURVEY

Dès 1864 Lincoln déclare terrain public inaliénable la vallée du Yosemite en Californie mais c’est pourtant Yellowstone qui deviendra le premier parc national. Le peintre Georges Catlin militait en ce sens depuis les années 1830, désirant préserver hommes et animaux « dans toute la beauté sauvage de leur nature ». Pour la première fois, des topographes, géographes accompagnés de photographes et de dessinateurs vont parcourir des espaces totalement inconnus jusqu’alors. La guerre de Sécession de 1861 à 1865 va freiner la progression vers ces espaces à défricher autant qu’à déchiffrer mais durant cette période de conflit fratricide un dernier évènement majeur va se produire en 1862 : la décision d’effectuer la jonction entre les deux bords est et ouest des Etats-Unis par liaison ferroviaire. L’état fédéral prit en charge, de 1866 à 1879, quatre missions nommées Four Great Surveys. Celles de Ferdinand Van de Veer HAYDEN, et John Wesley POWELL sont les plus médiatisées. Hayden s’est rendu au Nebraska puis dans  l'Idaho, du Wyoming et du Colorado de 1871 à 1878. La mission Hayden de 1872 comprend une soixantaine d'hommes parmi lesquels topographes, géologues, cartographes, botanistes, ornithologues et bien entendu peintres et photographes. Le photographe William Henry Jackson et le peintre Thomas Moran sont membres de l'expédition. Leurs travaux furent pour beaucoup dans la décision de créer le parc national de Yellowstone. Des guides et des porteurs sont engagés. La photographie a gagné récemment au cours de la guerre de Sécession ses lettres de noblesse journalistique et documentaire. Les plaques photographiques sont enduites sur places, exposées dans d’énormes chambres noires et révélées sur place dans des conditions difficiles à imaginer. Les images inédites des missions de l'Ouest américain sont présentées au public de la côte Est, notamment lors du centenaire de l’Indépendance à  Philadelphie en 1876. La vente de vues stéréoscopiques offrant une vision en léger relief popularise l’image de l’ouest et constitue un mode d’appropriation du territoire. En 1859, Albert BIERSTADT (1830-1902) se rend dans l'ouest, dans les montagnes Rocheuses et réalise plusieurs de ses toiles en atelier à partir des clichés pris sur place. Le voyage le conduit à travers les paysages qui vont former l’œuvre romantique de sa vie. Après l'expédition, Bierstadt s'installe à New York et vit des fruits de cette expérience de l’ouest américain.  

 

 

JOHN MUIR (1838- 1914) ET LE PRÉSERVATIONNISME

Gifford Pinchot (1865-1946) est un ancien élève de l’Université de Yale et de l’école nationale des Eaux et Forêts en France, puis Gouverneur de Pennsylvanie est à l’origine du système national des forêts américaines. Sa conception des espaces naturels est qualifiée de « conservationisme  utilitaire ».  John Muir quant à lui, écrivain d’origine écossaise, naturaliste, s’oppose assez vite à cette idée d’une gestion pragmatique des territoires – qui n’exclue pas l’exploitation forestière et même les pâturages - et développe l’idée d’un conservationnisme progressiste, autrement nommé « préservationnisme » opposé à toute forme d’exploitation. Il arpente l’ouest des années durant et milite pour la création de parcs nationaux, défendant des espaces menacés par les éleveurs et les exploitations forestières. John Muir développe une vision quasi mystique d’une nature que l’on doit garder immaculée. Ses efforts sont à l’origine de la création du service des parcs nationaux en 1916 (le NPS* actuel qui regroupe tous les espaces naturels mais aussi les sites militaires). La nature ne peut selon lui être préservée qu'en dehors de l'homme. Elle doit être mise de côté et protégée de toute exploitation. Cela va jusqu’à nier le simple fait que les amérindiens habitaient les lieux bien avant que les tenants du « préservationnisme » ne les revendiquent. Les indiens sont simplement effacés de la mémoire des lieux. L’idée ancienne du Wilderness comme espace sauvage et terrifiant évolue vers celle d’une nature à préserver et dont la beauté subjuguante est l’occasion de développer un tourisme lucratif sur lequel nous reviendrons.

 

WILDERNESS et AUTOCHTONES

Il est intéressant de rapprocher l’esprit du Wilderness, son affirmation d’un territoire vierge, sans limite apparente mais en réalité circonscrit et balisé, de ce que la terre pouvait représenter pour la population indienne. Les différents peuples amérindiens, partagent un certain nombre de représentations de la nature, de ses éléments de ses ressources. Ils n’exploitent pas la terre, ne la cultive quasiment pas, ne se sédentarisent pas. Ils considèrent que chaque chose dans la création participe à part égale à l’harmonie d’un grand tout, la pierre comme l’arbre, le vent comme la pluie, l’homme comme l’animal est doté d’une part de l’esprit qui constitue la nature. De multiples légendes donnent sens à cette vision qui leur permet de dialoguer avec les choses qui nous semblent inertes, loin de tous les systèmes discriminants et du principe des contraires qui structurent notre pensée rationnelle. Cette nature n’est pas pensée hors du social, elle n’est pas opposable à ce que l’homme est ou à  ce qu’il en fait. Le Cosmos des indiens n’est pas dominé par l’humain. Le parc de Yellowstone est crée en 1872, sept ans plus tard plus aucun indien n’est autorisé à traverser le parc. Cette éviction s’est généralisée sur tout le territoire, plus aucun accès aux sources et réserves naturelles, terrains de chasse, ou de rites funéraires ne fut tolérée et les derniers indiens systématiquement chassé ou éliminés. La perte des territoires fut une chose mais celle des usages de ces terres, même saisonniers en fut une autre, qui condamna les populations indigènes. Chasser, pêcher, collecter les plants utiles à l’alimentation et aux soins leur est interdit. Le parc devient alors un fragment de nature mise en forme par l’homme, détachée des usages qui liaient l’environnement aux populations locales. Limiter l’accès et l’usage des autochtones aux espaces naturels n’est qu’un des aspects de leur condition globale sur l’ensemble du territoire et donc de la place qu’ils leur est concédée au sein de la société américaine. Ce n’est que trop tard que les indiens vont tenter de revendiquer le droit à une vie décente, réclamant des rétrocessions de terrains, en même temps qu’ils tentent de se réapproprier les fragments d’une culture qui disparait avec les générations successives. La langue, les récits mythiques, les cérémonies et les usages font l’objet d’une lente réappropriation qui passe par la valorisation d’un héritage culturel dans le cadre de ce que l’on nomme « l’empowerment »

 

L’Exploitation des ressources naturelles, minières entre autres, L’exploitation des terres fertiles pour les besoins de l’agriculture et la construction des voies ferrées qui traversent le territoire d’est en ouest viennent fragmenter les territoires indiens qui fondent comme neige au soleil. Le territoire couvert par le parc de Banff au Canada était initialement dune poignée de kilomètres carrés en 1885, il est porté à plusieurs centaines deux ans plus tard et en 1902 atteint plus de dix mille kilomètres carrés, englobant tout les territoires de chasses sur les Rocheuses des indiens. Il a été ramené à quelques six mille kilomètres carrés depuis les années 1930 et jusqu’à aujourd’hui. Cette réduction de l’étendue du parc serait-elle due à la reconsidération des territoires amérindiens ? Non, bien sûr, c’est devant la pression des éleveurs et des sociétés d’exploitation forestières que le parc a vu sa superficie corrigée.

 

Quelques figures d’artistes jalonnent le XIX° siècle et leur œuvre, pour des raisons parfois fort différentes, accordent une place importante à la représentations des peuples indiens. Leur témoignage, parfois gagné par le sentimentalisme mais souvent animé d'un réel désir d'objectivité prend les accents d'une recherche anthropologique remarquable.

 

Georges CATLIN, (1796-1872) a lui aussi fait éditer un livre majeur, plus de 800 pages, retraçant ses observations, croquis et études portant sur la vie des indiens du nord-ouest de l’Amérique. Il fut le premier à suggérer la création d’un parc national, désireux de voire conserver un état naturel menacé par l’extension de la modernisation du pays. Il fut un opposant farouche aux massacres des bisons et aux conditions inhumaines imposées aux populations indiennes.

 

Karl BODMER (1809-1893) a accompagné un explorateur allemand de 1832 à 1834 lors de son expédition de la rivière Missouri. Durant 28 mois, ils vont longer les rives de l'Ohio, du Missouri et du Mississipi. Karl Bodmer, alors âgé de 23 ans, peindra de nombreuses aquarelles qui façonneront l'image que les Européens se feront des amérindiens. Il rejoindra ensuite l’école de Barbizon et le cercle de peintres travaillant autour de Camille COROT en France.

 

 

Frederick REMINGTON (1861-1909) peintre américain, illustrateur, sculpteur et écrivain spécialisé lui aussi dans les représentations de l'Ouest américain. Né dans l’état de New York, il ne se rendra que quelques mois dans l’ouest mais a vraisemblablement travaillé d’après photo. En 1886, Remington a été envoyé en Arizona en tant qu'artiste-correspondant pour couvrir la guerre du gouvernement contre Geronimo. Bien qu'il n'ait jamais rencontré Geronimo, Remington a acquis de nombreux objets authentiques utilisés plus tard comme des accessoires et a fait de nombreuses photos et croquis, précieux pour ses peintures réalisées par la suite en atelier. À partir de 1890, Remington est reconnu comme peintre spécialiste de l’ouest américain, avec tout le folklore que cela représente. Ses manières de cow-boy de foire constituent une attraction bénéfique à son commerce durant quelques années, mais avec la modernisation de la société américaine, cette mode lasse et il s’essaie à la littérature sans grand succès.

 

De BUFFALO BILL à Edward CURTIS

Buffalo Bill, en réalité nommé William Cody, doit son surnom a une triste réputation qui était pourtant glorifiée à l’époque : le massacre gratuit d’une soixantaine de bisons. Il fit plusieurs tournées avec son cirque, mettant en scène des légendes caricaturées et conformes à l’image attendue par le public.

À l’opposé de ce spectacle assez navrant, le photographe Edward CURTIS, (1868-1952) entreprit quant à lui de photographier les membres influents de plus de 80 tribus amérindiennes survivantes de 1907 à 1930. Curtis traversa les États-Unis environ 125 fois en rendant visite à quatre-vingt tribus et quelques quarante mille clichés furent pris. La disparition programmée des populations indiennes donna lieu à une démarche exemplaire s’apparentant à un travail anthropologique. Plusieurs millions d’indiens vivaient encore sur ce territoire vers la fin du XVIII°, seuls quarante mille survivaient un siècle plus tard. Il utilisa également un appareil à cylindre de cire enregistreur d'Edison qui lui permit d'étudier soixante-quinze langues et dialectes et d'enregistrer dix mille chants. La réalisation de l'encyclopédie dura vingt ans de plus que prévu, et on estime l'investissement total que nécessitèrent la rédaction et la publication de l'œuvre à plus d’un million de dollars. L’industriel richissime J.P.Morgan finançait son projet avec le soutien de Roosevelt. Curtis  entendait enregistrer «tous les aspects de la vie dans toutes les tribus demeurées à un stade primitif » afin d'immortaliser ce qui pouvait être sauvé de ces cultures sur le point de disparaitre, dans leur forme originelle. Une partie de son travail fut publié dans une somme en vingt volumes intitulée : « The North American Indian », comprenant 2 500 photographies, 4 000 pages de textes, alors qu'au final, Curtis réalisa près de 50 000 prises de vue...

Mais cette démarche anthropologique en un sens est bien loin des visées de l'état major des armées qui règle la question indienne afin de garantir une "paix" durable.

- Témoignage du général Philip Sheridan (1831-1888)

«Ces hommes (les chasseurs de bisons) ont fait davantage pour régler la question indienne que l'armée régulière tout entière n’a fait au cours des trente dernières années. Ils détruisent la réserve de vie des Indiens. Envoyez-leur poudre et plomb si vous voulez, mais pour le souci d'une paix durable laisser les tuer, et vendre la peau jusqu'à ce que les buffles soient exterminés. Alors, vos prairies pourront être couvertes de bovins qui s’abreuvent et le cow-boy joyeux qui suit le chasseur comme le second précurseur d'une civilisation avancée. "

 

PARKITECTURE et CAPITALISME INTENSIF

Progressivement depuis la création des grands parcs nationaux, le Wilderness a été façonné, aménagé, mis en scène par diverses institutions et ouvert à un tourisme très lucratif. Le style Pueblo Revival correspond bien aux directives du Act for the Preservation of American Antiquities de 1906. Mary Jane Colter était employée par la Fred Harvey Company. Fred Harvey était un businessman redoutable  qui tout au long de la voie ferrée traversant les USA vers l’ouest a développé ses chaines de restaurant, d’hôtels et d’installations touristiques.

Mary Colter (1869-1958) a développé une architecture d’observatoire et de cadrage sur le paysage, citant l’architecture pueblo et donnant naissance au style Pueblo Revival, très représentatif de ce que l'on nomme la "Parkitecture" qui domine l’ensemble des parcs nationaux de façon plus ou moins réussie. L’apparence rustique ne doit pas tromper… Murs de pierre recouverts d’adobe, mais sol de béton brossé en surface pour donner l’illusion des sols de terre des habitations autochtones. Structures d’acier maquillées en matériaux traditionnels… Les Parcs Nationaux regorgent de possibilités d’hébergements, de parcours, d’activités multiples, toutes saisons et sont saturés par les demandes de réservation. Le Wilderness est devenu un produit de consommation vendu au travers des images liées à la beauté des lieux, leur caractère « intouché » et à la faune, la flore. Plus de 3,5 millions de visiteurs par an pour Yosemite, davantage encore pour Yellowstone … Les routes d’accès sont nommées Scenic Drive, les campements organisés, les vues pittoresques (étymologiquement qui méritent d’être peintes) sont répertoriées en Point of Interrest, Highpoints, etc. Toute cette organisation est hautement lucrative, certes est au bénéfice d’une conservation active des zones protégées, mais également à celui d’un tourisme massif. Infrastructures hôtelières, Tour Operator, trecks, balades en hélicoptère sillonnent et balisent ce territoire en quête de ses émotions premières vécues par les colons. Face à ces points de vues mis en scène et valorisés jusqu’à la perfection, on se demande si c’est la peinture qui imite la nature ou bien plutôt l’inverse. La représentation que l’on se fait des lieux coïncide avec l’image que l’on vient trouver sur place. Un Wilderness dompté en somme.

 

 

 

                                                                                                                                                                  Christophe CIRENDINI

23 février 2016

 

 

 

 

 

 

(*) Le NPS administre 391 sites qui constituent le National Park System :

  • 59 parcs nationaux

  • 74 monuments nationaux

  • 20 National Preserves and Reserves, des zones de préservation (moins restrictives que les parcs nationaux mais souvent couplées à ces derniers)

  • 46 parcs nationaux historiques (National Historical Parks)

  • des sites historiques (National Historic Sites)

  • 24 champs de batailles constitués en parcs (National Battlefield Parks)

  • des parcs militaires (National Military Parks)

  • des champs de batailles (National Battlefields)

 

 

 

 

Thomas MORAN, (1837-1926) | The Grand Canyon of the Colorado, 1904, Huile sur toile, 75 x 152.4 cm

1265, Route de Biot, 06560 Valbonne      Alpes Maritimes, France

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